Samedi 24 octobre 2009 6 24 10 2009 18:51

L'artiste en son atelier / The artist in his studio (sept. 2009)

Julien SINZOGAN, plasticien béninois, est né en 1957. Il vit et travaille à Paris (France). Après avoir suivi des études d’architecture à Tachkent et à Paris, Julien SINZOGAN fut responsable du Département d’infographie du LICIA à Paris. Il se consacre dorénavant au dessin, à la peinture et à la sculpture, s’inspirant du vodun et de l’histoire du Bénin. Ouidah ville côtière du Bénin – anciennement dénommé Dahomey –, située sur le golfe de Guinée, fut l’un des principaux centres de la traite négrière en Afrique occidentale.


La technique de Julien SINZOGAN reflète la rencontre de mondes différents : un monde occidental où l’image évolue en fonction de traditions bien définies et un monde africain riche d’intérêts humains et métapsychiques. Ses moyens et techniques sont extrêmement diversifiés. Son recours intensif aux matériaux naturels tels que le papyrus, la toile de jute ou les écorces d’arbres permet à Julien SINZOGAN de jongler avec les couleurs, les lumières et les ombres.

 

Mêlant représentations réalistes et oniriques, Julien SINZOGAN est l’interprète graphique d’un inconscient béninois – et donc in extenso africain : l’univers de la religion vodun, la plaie saignante du trafic d’esclaves, la place de l’homme dans la nature, ou tout simplement la conjoncture quotidienne au Bénin figurent au nombre des thèmes récurrents représentés au travers des créations puissantes et émotionnelles de ce peintre-poète.

 

De par la qualité de ses œuvres, Julien SINZOGAN compte parmi les plus grands artistes béninois. Son talent a été démontré lors de nombreuses expositions – aussi bien individuelles que collectives ; tant en Europe, en Afrique qu’au Moyen-Orient – où la magnificence de ses créations a touché les visiteurs au plus profond de leur être.

 

 

Julien SINZOGAN was born in 1957 in the Republic of Benin, formerly known as Dahomey. He lives and works in Paris (France). After studying architecture in Tashkent and Paris, he then ran the Department of Computer Imaging of the LICIA in Paris. He now devotes his time to drawing, painting and sculpting; drawing upon the sources of vodun and history in Benin. Ouidah , coastal town of Benin, located on the Gulf of Guinea, was once one of the largest West African slave-trading ports.

 

Julien SINZOGAN's technique reflects the encounter of different worlds: a "Western" world in which pictorial representation evolves according to well-defined traditions and an African world, rich in human and psychic interest. The media and techniques he uses are extremely diversified. His extensive resort to natural materials such as papyrus, hessian or tree barks enables Julien SINZOGAN to juggle with colours, lights and shades.

 

Mingling realistic with dreamlike representations, Julien SINZOGAN stands as a graphic interpreter of a Beninese – and thus African – collective unconscious: the universe of the vodun religion, the bleeding wound of the slave trade, the positioning of man in nature, or the simple everyday context of Benin, are among the recurring themes that run through the powerful and emotional creations of this poet-painter.

 

By the quality of his work, Julien SINZOGAN ranks among the top Beninese artists today. His talent has shown in numerous exhibitions – both individual and collective – throughout Europe, Africa and the Middle-East, where the magnificence of his creation has touched visitors in their very heart.

Par Y. E. - Publié dans : Introduction
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Dimanche 25 octobre 2009 7 25 10 2009 02:10

Ifè, c’est la cité des dieux vodun, juste sur la ligne d’horizon, là où le ciel et la mer se rejoignent.

 

Ceux dont le passage sur terre est habillé de sagesse arrivent à Ifè à leur mort.

Ils acquièrent le statut d’ancêtres et sont vénérés comme tels.

 

Quant aux autres, leur esprit plane au-dessus de nos têtes.

© Julien Sinzogan et Dominique Eyoum

 

 

Les morts ne sont pas morts*

 

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :

Ils sont dans l'ombre qui s'éclaire

Et dans l'ombre qui s'épaissit.

Les morts ne sont pas sous la terre :

Ils sont dans l'arbre qui frémit,

Ils sont dans le bois qui gémit,

Ils sont dans l'eau qui coule,

Ils sont dans l'eau qui dort,

Ils sont dans la case, ils sont dans la foule.

Les morts ne sont pas morts.

 

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :

Ils sont dans le sein de la femme,

Ils sont dans l'enfant qui vagit,

Et dans le tison qui s'enflamme.

Les morts ne sont jamais sous terre :

Ils sont dans le feu qui s'éteint,

Ils sont dans le rocher qui geint,

Ils sont dans les herbes qui pleurent,

Ils sont dans la forêt, ils sont dans la demeure.

Les morts ne sont pas morts.

 

* Extrait de « Souffles », in Birago Diop,

Les Contes d’Amadou Koumba,

Éditions Présence Africaine, Dakar, 1961

Par Julien Sinzogan - Publié dans : Textes
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Dimanche 25 octobre 2009 7 25 10 2009 02:17

Une première vague s’en est allée, il y a 1 000 000 d’années.

Des hommes dont le métier est de fouiller jusqu’aux méandres de l’Histoire nous le disent, avec une quasi-certitude : toutes les vagues, toutes les migrations humaines qui ont peuplé la terre entière sont parties du continent africain, depuis sa région sud.

 

La dernière vague nous projette 40 000 ans en arrière, peu avant la dérive des continents. Elle a traversé l’Inde pour s’arrêter en Europe.

 

J’ignore si au départ, toutes ces vagues étaient noires, mais les dépositaires de l’ADN source, eux le sont.

J’ignore s’ils ont bêtement suivis à la trace le gibier, s’ils sont partis parce qu’ils avaient froid ou faim, à cause de conflits ou par simple curiosité, ou pour toutes ces raisons à la fois.

 

Je sais à ce jour, que la dernière vague n’en était pas une.

La dernière en date s’étire sur trois siècles et demi.

Ils sont partis, de force, remplir les dernières poches, les derniers cailloux que la toile de l’araignée-Afrique n’avait pas recouverts.

© Julien Sinzogan et Dominique Eyoum

 


ARUBA

ANGUILLA

ANTIGUA-ET-BARBUDA

BRÉSIL

Alagoas

Bahia de Todos os Santos

Espirito Santo

Maranhão

Minas Gerais

Pará

Paraíba

Rio de Janeiro

Rio Grande do Norte

Rio Grande do Sul

Santa Catarina

BAHAMAS

Acklins Island

BARBADE

BELIZE

BERMUDES

BONAIRE

COLOMBIE

COSTA RICA

CUBA

CURAçAO

DOMINIQUE

ÉTATS-UNIS

Alabama

Caroline du Nord

Caroline du Sud

Floride

Géorgie

Louisiane

Mississippi

Texas

Virginie

Virgin Gorda

GRENADE

GUADELOUPE

GUYANA

GUYANE

HAÏTI

HONDURAS

ÎLES CAÏMANS

ÎLES TURKS-ET-CAÏCOS

ÎLES VIERGES AMÉRICAINES

Sainte-Croix

Saint-John

ÎLES VIERGES BRITANNIQUES

Anegada

Jost Van Dykes

Salt Island

Tortola

Virgin Gorda

JAMAÏQUE

MARTINIQUE

MEXIQUE

Veracruz

MONTSERRAT

NICARAGUA

PANAMA

PÉROU

PORTO RICO

RÉPUBLIQUE DOMINICAINE

SABAH

SAINTE-LUCIE

SAINT-EUSTACHE

SAINT KITTS-ET-NEVIS

SAINT-MARTIN

SAINT-VINCENT-ET-LES-GRENADINES

SURINAM

TRINITÉ-ET-TOBAGO

URUGUAY

VENEZUELA

Archipel de Los Roques

Margarita

Par Julien Sinzogan - Publié dans : Textes
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Dimanche 1 novembre 2009 7 01 11 2009 00:32

De part et d’autre de la Cross River, les peuples de pêcheurs efik et efut constituent l’approvisionnement en esclaves de leurs puissants voisins yorubas.

 

Les sociétés secrètes fondées par les hommes de ces peuples malmenés – renommées Outre-Atlantique Abakua par les esclaves –, tablent sur leur connaissance parfaite de l’art du tambour afin de signaler sur les deux rives de la Cross River, toute menace, attaque ou razzia des Yorubas.

Quel que soit le sens du vent ou de l’intensité de la pluie, la rythmique magique des tambours sacrés, dénommés Voix divines, résonne sous la puissance des mains consacrées des initiés. La clameur de ces tambours remplit alors la mission qui leur est primordialement attribuée.

L’autre facette de ces sociétés secrètes est de semer la terreur dans les rangs de l’adversaire : revêtus de paille, portant masques effrayants et clochettes, leurs membres repoussent l’ennemi en effectuant de terrifiantes danses guerrières.

 

En dépit de l’Arbre de l’oubli :

dans sa forme et dans sa symbolique, la société secrète des Abakua se singularise à Cuba ;

de même, le Vodun dahoméen, sa langue et ses symboles se déclinent au Brésil et aux Antilles – plus spécifiquement en Haïti ;

par ailleurs, les Mandingues et Ouolofs – qui constituèrent une grande partie des esclaves vendus en Amérique du Nord – conservèrent leur maîtrise excellente du tambour et des instruments à cordes. Ils contribuèrent ainsi à l’avènement du blues.

  © Julien Sinzogan et Dominique Eyoum

Par Julien Sinzogan - Publié dans : Textes
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Dimanche 1 novembre 2009 7 01 11 2009 01:13
Il fut un temps où, sur toutes les terres et sans jamais se croiser, les hommes étaient tous persuadés que des pierres et des arbres avaient des vertus magiques ; que la foudre, le tonnerre et le vent étaient des divinités ; que le ciel pouvait leur tomber sur la tête ; que l’arc-en-ciel était un serpent bienfaiteur ; que des sorciers et sorcières pouvaient se transformer en chouettes ; et ils se contaient des histoires de Mélusine, de dragons, de bêtes et d’êtres fantastiques qu’ils assimilaient joyeusement à leur foi.

Pour ceux qui inventèrent Dieu en un « trop, c’était trop ! ». Et ils confièrent peu à peu, ou brutalement, toutes ces joyeusetés au Diable ou à l’Incroyance, tandis que d’autres les laissèrent à la désuétude et au folklore, déterminés à terrasser coûte que coûte bêtes et dragons, et que d’autres encore, à tort ou à raison, perpétuent le temps du rêve.

 

Car, il fut un temps où la messe romane pour l’exemple était un marché pittoresque de la foi.

Au milieu de murs, nefs et colonnes irisées, de truies, veaux, vaches, étalons et reliquaires, accompagnés de vouivres, dragons et licornes, les consciences de dames, damoiselles et damoiseaux, serfs et chevaliers, troubadours et seigneurs se risquaient à la pesée des âmes, face à la roue du temps qu’actionne un meunier, pendant que des saints tentent la pêche du Léviathan, et que, se croyant à l’abri des regards sur un chapiteau, un couple s’adonne au tantrisme, au mépris d’Adam et Ève languissant tout nu à l’ombre d’un pommier au tronc ceint d’un serpent et savourant le fruit du péché sous le regard réprobateur du Christ enfant, roi, en majesté, en cène, en présence de la Vierge Marie attentive aux propos de l’archange Gabriel.

 

Il fut un temps où, sur toutes les terres et sans jamais se croiser, les hommes étaient tous persuadés que trop de sérieux engendre grisaille et tristesse, monotonie et ennui.

C’était au temps où l’humanité toute entière vibrait au rythme des mêmes croyances et avait la foi colorée et radieuse.

© Julien Sinzogan et Dominique Eyoum

Par Julien Sinzogan - Publié dans : Textes
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