La messe romane / The Roman Mass

Publié le par Julien Sinzogan

Il fut un temps où, sur toutes les terres et sans jamais se croiser, les hommes étaient tous persuadés que des pierres et des arbres avaient des vertus magiques ; que la foudre, le tonnerre et le vent étaient des divinités ; que le ciel pouvait leur tomber sur la tête ; que l’arc-en-ciel était un serpent bienfaiteur ; que des sorciers et sorcières pouvaient se transformer en chouettes ; et ils se contaient des histoires de Mélusine, de dragons, de bêtes et d’êtres fantastiques qu’ils assimilaient joyeusement à leur foi.

Pour ceux qui inventèrent Dieu en un « trop, c’était trop ! ». Et ils confièrent peu à peu, ou brutalement, toutes ces joyeusetés au Diable ou à l’Incroyance, tandis que d’autres les laissèrent à la désuétude et au folklore, déterminés à terrasser coûte que coûte bêtes et dragons, et que d’autres encore, à tort ou à raison, perpétuent le temps du rêve.

 

Car, il fut un temps où la messe romane pour l’exemple était un marché pittoresque de la foi.

Au milieu de murs, nefs et colonnes irisées, de truies, veaux, vaches, étalons et reliquaires, accompagnés de vouivres, dragons et licornes, les consciences de dames, damoiselles et damoiseaux, serfs et chevaliers, troubadours et seigneurs se risquaient à la pesée des âmes, face à la roue du temps qu’actionne un meunier, pendant que des saints tentent la pêche du Léviathan, et que, se croyant à l’abri des regards sur un chapiteau, un couple s’adonne au tantrisme, au mépris d’Adam et Ève languissant tout nu à l’ombre d’un pommier au tronc ceint d’un serpent et savourant le fruit du péché sous le regard réprobateur du Christ enfant, roi, en majesté, en cène, en présence de la Vierge Marie attentive aux propos de l’archange Gabriel.

 

Il fut un temps où, sur toutes les terres et sans jamais se croiser, les hommes étaient tous persuadés que trop de sérieux engendre grisaille et tristesse, monotonie et ennui.

C’était au temps où l’humanité toute entière vibrait au rythme des mêmes croyances et avait la foi colorée et radieuse.

© Julien Sinzogan et Dominique Eyoum

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