Inspiration

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De l’inspiration qui porte Julien SINZOGAN à exprimer l’humanité de l’inhumain, aussi bien par la peinture à l’huile, les collages d’écorce sur contreplaqué, les encres de chine et l’acrylique sur papier que par l’huile et la sciure de bois sur toile, que dire ?

C’est toute la mémoire du peuple noir qui s’exprime à travers lui. Non pas celle seulement du peuple noir, mais celle de tous les peuples, car ce qui s’exprime en vérité dans le particulier tend à l’universel.

 

Quelle sensibilité pour exprimer l’horreur qu’a été la traite des Noirs durant des siècles ! Cette douleur absolue qui martyrisa l’âme noire et dont elle ne peut guérir, dont elle ne pourra guérir qu’en retrouvant la Source de toute Vie. L’horreur aussi de ces dynastes du royaume de Danhomè pétri dans le sang répandu de tant d’esclaves.

L’horreur passée se conjugue au présent. Les cours de la bourse gonflent les voiles des esclavagistes. Le souvenir des ancêtres déportés en terres lointaines torture aujourd’hui encore leurs descendants.

Descendants d’esclaves, descendants d’esclavagistes, tous se doivent de regarder ce qu’est l’humanité dont ils sont pétris, toutes les blessures, les meurtrissures, les anéantissements inscrits dans la mémoire cellulaire de chacun. Qui n’est à la fois victime et bourreau, des autres et de lui-même ? Le « voir » sans juger, sans se juger, sans se décharger de la faute sur un quelconque bouc émissaire…

Au-delà de ce drame séculaire qui fonde le monde d’aujourd’hui, comme tant d’autres sur tous les continents, se découvre l’esclavage par excellence ; celui qui nous enferme dans la roue des renaissances sur cette terre, lieu d’exil et d’épreuves pour l’âme humaine, coupée de l’Âme universelle.

 

À l’exemple du Bouddha, chacun se doit d’arrêter la Roue du destin à laquelle il s’est enchaîné, la Roue des renaissances qui l’implique dans toutes les facettes de destinées humaines, bourreau, victime, sage, fou, imbécile, génie, … que sais-je ?

À l’exemple du Christ, chacun se doit de vaincre la mort pour la mort et de  ressusciter en lui la Vie, de construire son Corps conscient, de rompre avec la conscience séparative pour vivre la Conscience toute consciente.

 

« L’Arbre de l’Oubli », n’est pas seulement ce végétal planté à la sortie de Juda dont les esclaves devaient faire sept fois le tour pour les femmes et neuf fois pour les hommes. C’est « l’arbre de la connaissance du bien et du mal ». Mais, comme il est dit, l’oubli du Juste ne peut jamais être effacé totalement.

 

« L’Arbre du Retour », ce fromager sauvage dont les esclaves devaient faire trois fois le tour pour que leur âme revienne sur la terre natale, c’est en vérité « l’Arbre de la Connaissance ». Et le Retour se fait alors à l’Existence au-delà des temps, notre véritable Terre natale.

 

« Ma vie a commencé à l’origine des temps,

Elle est expansion toujours plus grande

Vers l’Existence au-delà des Temps. » [1]

 

 

©  Robert Régor Mougeot (2007)




[1]  Platon Le Karuna, Nouvelle lettre ouverte à l’ami sur le chemin de la vérité, Éditions de la Promesse, Nice (2003).

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